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08/06/2007

La fin du secret médical

La fin du secret médical

 

8 juin 2007

 

 

« On vient d’opérer ta mère des organes ! » confie Christiane J. à Chantal O. ex copine de classe. « Comment le sais-tu ? » demande Chantal. « Je travaille aux mutualités C. J’ai suivi tout son dossier. » Tu en avais la charge ? » « Non, mais quand j’ai vu passer son nom je me suis renseigné. Maintenant, j’en sais peut-être plus que toi ! » Deux hommes peuvent garder un secret à condition de tuer un des deux ! dit Shakespeare dans Roméo et Juliette. Si le médecin conseil est dépositaire du diagnostic et tenu au secret, les innombrables secrétaires qui l’entourent, sont elles aussi tenues au secret, ratiocine le conseil de l’ordre des médecins. Tout le monde est tenu au secret. Cela signifie que tout le monde est au courant. Il n’y a plus de secret ! Un médecin de mes amis consulte un endocrinologue pour son diabète. Deux semaines plus tard, son fils apprend au CHU que son père est diabétique. Tout l’hôpital est au courant. Tout le monde est évidemment tenu au secret. Défense de rire. Le conseil national a encore reculé sur un point. Le lobby des assurances a réussi à le convaincre que les médecins devaient inscrire le diagnostic de la mort sur le certificat de la compagnie. Elle menaçait de ne pas payer les indemnités aux ayant droits. Jadis, les médecins devaient refuser ce diagnostic. Je devrais plutôt dire auraient dû refuser ce diagnostic car les médecins révèlent à tous les vents tout ce qui concerne leur malade. Il faut aller vite pour le leur demander deux fois. Tout le monde croit que le patient peut relever le médecin du secret professionnel. Rien n’est plus faux. Le secret est d’ordre public. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Cela signifie qu’il faut respecter le secret en tout temps pour ne pas attirer l’attention sur le cas où on s’y réfère. Il faut que le patient soit certain que le médecin ne le trahira pas. Si je mentionne la maladie sur mes certificats d’incapacité de travail, ainsi que le conseil de l’ordre maintenant m’y oblige, je vais me retrouver dans la situation suivante : grippe, grippe, grippe, angine, secret professionnel (ce qui signifie immédiatement HIV positif) grippe, grippe. La doctrine du secret professionnel est morte et bien morte. Dans les plus hautes instances déontologiques, personne ne sait plus exactement ce que cela veut dire et les professeurs de droit privé qui expliquaient jadis si clairement les choses sont tous morts. Ils ont été remplacés par des juristes imprécis qui donnent toujours l’impression de gérer du droit coutumier. Y a-t-il un remède à tout ceci ? Je crains bien que non. De petites reculades en petites reculades, les plus hautes instances ordinales ont abandonné un secret médical qui, dans les faits, n’existait plus depuis longtemps. On demande le diagnostic ? Voilà le diagnostic. Si vous avez une maladie que vous ne voulez pas que l’on révèle, allez vous faire soigner dans un endroit où on ne vous connaît pas, à l’étranger peut-être. Que cela change ? Non, plus rien ne changera. Comme dit un collègue, c’est Dutroux land…Clausewitz

 

08:13 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

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