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11/10/2008

Le rôle du médecin généraliste

Le rôle du médecin généraliste

 

Le 11 octobre 2008

 

 

         « Si j’avais un accident vasculaire cérébral, je commencerais par me choisir un bon généraliste » écrivait, il y en trente ans, un neurologue du BMJ[1].

 

 

Avoir un bon généraliste améliore la qualité de la vie. Il vous soigne quand vous êtes malade, certes, mais il est toujours là pour un avis, pour un conseil, pour un réconfort. Quand vous allez le voir, il vous écoute, il vous examine, il vous regarde. S’il demande un examen spécialisé, il vous en donne la réponse. Il vous explique le résultat. Il tient votre dossier. Mieux, il a votre dossier en tête. Il a vu naître la petite. Il a connu votre grand-mère. Il se souvient que vous aviez déjà présenté cette douleur il y a dix ans. S’il y a une décision grave à prendre, intervention, chimiothérapie,  traitement lourd, c’est avec lui que vous la prendrez. Votre médecin, c’est lui. Tous les autres sont des consultants. Ils donnent des avis spécialisés. Ils vous voient à travers la lunette d’un appareil. Que de fois n’arrivons-nous pas à l’hôpital pour être transporté longuement de machine en machine avant de voir un médecin qui va enfin se poser la question : « que peut-il bien avoir celui-là ? »

 

 

         Avoir deux médecins c’est ne pas avoir de médecin ! Vous devez avoir confiance en votre médecin. S’il sent que, sans le consulter, vous allez chercher des avis ailleurs, il va se désintéresser de vous. Il va cesser d’être votre médecin traitant. Les patients qui courent les spécialistes n’ont plus de médecin du tout. J’ai rencontré une dame qui était suivie par 17 spécialistes. Quand elle m’a demandé mon avis, j’ai refusé de répondre et l’ai renvoyée à mes 17 confrères. Les personnes le mieux soignées sont celles qui font confiance à un généraliste. Si c’est nécessaire, il vous enverra consulter un spécialiste qu’il connaît bien et ne vous adressera pas à un hôpital anonyme où personne n’est responsable de rien, où on égare votre dossier, où on vous trimballe de service en service sans que jamais personne ne fasse la synthèse de votre problème et où, dans nombre de cas, vous n’avez jamais de réponse du tout.

 

 

         « Mais le généraliste n’est qu’un généraliste. Il est loin de tout savoir. Le spécialiste, lui, a approfondi la question ! » Exact ! Mais, bien souvent il ne connaît que cette question-là. C’est une erreur de croire qu’un spécialiste connaît toute la médecine et en plus sa spécialité. Sauf très bons esprits, et il y en a, ils n’ont aucune pratique en dehors de leur organe, ils ont tout oublié ou presque. Demandez à un pneumologue un avis sur un problème gynécologique et vous verrez son embarras. Idem le gynécologue sur un problème d’asthme.

 

 

         Votre généraliste ne connaît pas tout. Personne ne connaît tout. Mais il sait qui consulter. Il a confiance, il connaît l’habileté et l’honnêteté de ses confrères. C’est en passant par votre généraliste que vous serez le mieux soigné.

 

 

          Dans les cénacles on discute du rôle du généraliste. Comme récemment à l’Académie de Médecine. On dit que le rôle du généraliste du XXIème siècle c’est la médecine préventive. On brandit l’EBM[2]. On veut rationaliser les diagnostics et les traitements. Mais la médecine générale, par définition, ne peut être tout à fait rationnelle que pour ceux qui ne la pratiquent pas. Il y a des tas de symptômes qui ne sont pas repris dans les traités. Il y a une connaissance médicale pratique irremplaçable. Dans un journal médical récent on fait dire à un orateur une sentence que j’avais reprise jadis de Léopold Sédar Senghor qui l’appliquait aux sorciers africains : « Quand un généraliste meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ! » Et c’est vrai. Un généraliste expérimenté connaît des symptômes qu’il a appris par sa pratique et que l’on ne trouve nulle part. Des traitements aussi.

 

 

         Le problème c’est de transmettre ces connaisances-là. Les cours théoriques pour les futurs généralistes se bornent souvent à venir réciter devant eux les « Principes de Médecine Interne » de Harrison. Cela fait rire les étudiants ou, pire, les barbe profondément car ils le liront bien eux mêmes.

 

 

         Les cours qu’il faudrait leur donner ce sont des récits de cas vécues, des cliniques, avec description des symptômes et des pièges ainsi que les traitements prescrits et leur efficacité. Ces cours devraient être donnés par des médecins avec 20 ans de pratique. Mais c’est trop simple et pas assez politique.

 

 

                                                                           Clausewitz

 



[1] British Medical Journal

 

[2] EBM Evidence Based Medicine. Médecine basée sur les preuves. Après des études statistiques massives, on détermine les traitements dont l’efficacité est démontrée. La plupart du temps on enfonce des portes ouvertes et certains tours de main acquis par la pratique sont condamnés. Mais l’EBM est tout de même un fil conducteur précieux dont il est bon de s’inspirer.

 

13:13 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0)

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