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18/01/2011

Discours de Lumumba. J'ai honte

30 juin 1960 Le discours de Patrice Lumumba  -  J’ai honte.

 

Je me souviens de ce fameux discours. Il enflamma la Belgique.

 

Comment ? Alors que nous leur avons apporté les immenses bienfaits de la civilisation chrétienne ; construit des routes et des ponts ; des lignes de chemin de fer et des lignes maritimes ; voilà que ce Bamboula, petit employé des postes, alors que nous leur donnons l’indépendance sur un plat d’argent, vient, devant notre cher Souverain, nous cracher à la figure et nous reprocher notre générosité.

 

Lumumba met les choses au point :

 

 Cette indépendance du Congo, proclamée aujourd'hui,  nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours.

Cette lutte qui fut de larmes, de feu et de sang,  fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu'à un noir on disait "Tu", non certes comme à un ami, mais parce que le "Vous" honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons vu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons constaté que la loi n'était jamais la même, selon qu'il s'agissait d'un blanc ou d'un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.

 Dans les villes il y avait des maisons magnifiques pour les blancs et des paillottes croulantes pour les noirs : qu'un noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu'un noir voyageait à même la coque des péniches aux  pieds  du blanc dans sa cabine de luxe.

La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants (...)"

Je me souviens encore de mon indignation. Le Roi, un peu nunuche, (il avait fait poser des soutiens-gorges aux danseuses noires)  était scandalisé. Il voulait rentrer sur le champ à Bruxelles.

 

Lumumba fut bientôt assassiné. On n’a jamais retrouvé les coupables.

 

Je n’ai pas pleuré à sa mort ; ni à l’accession au pouvoir du « colonel » Mobutu.

 

 

 

Depuis, nous avons appris tant de choses. Sous Léopold II, la population du Congo est passée de 40 à 12 millions d’habitants. Quand un noir ne rapportait pas assez de caoutchouc, on lui coupait la main ; on tuait sa femme. Des villages entiers étaient exterminés  par la Force publique (des noirs commandés par  des blancs).

 

Ils étaient moins que des esclaves, car les esclaves, comme le bétail, sont un capital. Vous devez les entretenir, les nourrir, les loger. Ici, il suffisait de puiser dans la réserve qui était immense. On pouvait les tuer quand ils ne servaient plus.

 

Dans la presse anglaise, on représentait Léopold II assis sur une montagne de crânes.

 

Pendant ce temps, les Belges édifiaient de  richissimes compagnies minières. On avait trouvé des diamants au Kasaï ; de l’or à Kilo-Moto, dans le nord. Le Congo disait-on est un scandale géologique. On y trouve de tout ; même de l’uranium.

 

Mais rien ne profitait aux habitants. Ils restaient relégués dans leurs paillottes et subissaient le supplice de la chicotte.

 

Y a-t-il un mot à retirer du discours de Lumumba ? Il n’était certes ni diplomatique,  ni opportun. Ce discours, il l’a payé de sa vie.

 

J’ai applaudi à sa mort.

 

J’ai honte.

 

 

Clausewitz.

10:10 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

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