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01/06/2011

revoir Françoise II

L’expression, idiote, « la mariée est trop belle » s’imposa tout à coup. J’avais quitté un petit oiseau sans plumage. Elle était petite, elle portait un débardeur à lignes bleues et blanches, un short à élastique bleu marine, sa poitrine était plate comme celle d’un garçon, elle n’avait de féminin que sa petite queue de cheval brune, sa bouche un peu goulue, et, déjà, ses immenses yeux bleus.

J’étais pétrifié devant ce cygne royal. Ses yeux, discrètement maquillés, étaient encore plus époustouflants. Ses cheveux bouclés, étaient artistement coiffés autour de son visage. Sous un chemisier blanc on devinait une poitrine prometteuse. Sa taille était fine. J’étais écrasé de tant de beauté alors que, moi, je me déplumais, mes tempes, grisonnaient,  mes muscles ramollissaient. J’avais abandonné le sport depuis le départ de ma femme. Ma ceinture me serrait de plus en plus. Non, je ne faisais plus le poids. Jadis, j’étais le grand, le costaud et elle la petite oiselle que je tenais précieusement dans mes mains. Elle parlait, elle parlait. Je l’écoutais religieusement, mais je ne pouvais m’empêcher de penser à ma déchéance. Ma femme m’avait laissé tomber. Je ne pouvais plus plaire à personne…

J’avais du mal à la retrouver. Ce n’était pas de cette gravure de mode que j’avais été si amoureux, c’était d’une petite fille maigrichonne et sagace. J’étais fasciné par sa cosmogonie : sa façon de comprendre la vie et l’univers et de me l’expliquer avec gravité. Elle savait tout sur tout. J’ai appris que c’était à  cet âge-là que les hommes (et les femmes) étaient  le plus intelligents. Après, ils sont obsédés par le sexe, le pognon, l’ambition…Là aussi les petites filles dépassent les petits garçons. Eux, ils se battent, ils jouent à la guerre. Les filles, une poupée dans les bras pensent à la vie, à la façon dont le monde tourne. Quelle merveille d’être amoureux d’une petite fille !

Elle était titulaire de rhétorique. Elle avait fait les classiques. Elle enseignait le grec et le latin. Je sortais de ma torpeur, je venais de relire l’Iliade et je me battais avec la mauvaise traduction de Plutarque d’Amyot. Je barbotais dans Sophocle, Euripide et Eschyle : je venais d’écrire une tragédie : « Iphigénie ».

-Et tu compte la faire jouer ?

-Écrire n’est rien, le problème c’est de se faire éditer. Qui pourrait, dans notre théâtre moderne, s’intéresser à Iphigénie ? On ne joue plus que des pièces hermétiques, incompréhensibles, et quand les acteurs dits comiques jouent Molière, c’est pour le massacrer.

(À suivre)

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