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02/06/2011

Revoir Françoise III

- C’est tristement vrai ! C’est pourquoi j’ai fondé une petite troupe d’amateurs dont les noyaux sont mes rhétoriciens. Nous jouons en toute simplicité des pièces classiques Mais je te sens tourmenté, inquiet.

 

-Est-ce que tu nous vois ? Toi, une gravure de mode et moi un vieux machin. Je me demande ce que tu vas faire de moi ?

 

-Je vais, t’adorer grand sot ! Je te pleure depuis mon enfance. Ne t’inquiète pas, tu es resté exactement le même qu’à Rivage, un peu inquiet, soucieux de moi comme d’un petit oiseau tombé du nid. Les épreuves terribles que tu as traversées n’ont pas eu de prise sur toi, ou si peu. Bien d’autres, à ta place, se seraient mis à boire, à se droguer. Toi, tu écris des tragédies ! Tu n’as pas changé. Tu m’écrivais des poèmes sur de petits cartons ? J’avais toujours peur que ma mère ne tombât dessus. Est-ce que tu sais que je les ai tous gardés et que je me les récite dans chaque épreuve ?

 

J’avais les yeux humides. À travers ses artifices, je la revoyais, si sage, si forte, si attendrissante.

 

-Nous allons d’abord, bordel, (Je dis bordel !) échanger nos coordonnées. Je ne sais toujours pas ton nom et toi non plus. Et nos adresses, et nos emails, et nos portables ! C’est fini cette histoire de grand Meaulnes (comme il te ressemblait celui-là). Je suis là ! Et bien là ! Je ne suis ni un fantôme, ni un sortilège, Monsieur le poète. Je suis une femme, une vraie femme ! Ce n’est pas tout à fait juste : je ne serai vraiment une femme que quand tu m’auras prise sérieusement dans tes bras.

 

-J’en tremble à l’avance. J’ai déjà peur de ton jugement…

 

-N’aie pas peur, je serai là ! C’est à nous deux que nous y arriverons, quel grand sot tu fais. C’est peut-être, je me le suis souvent dit, pour cela que je t’aime. À côté de toi, une femme se sent vraiment femme, un peu protectrice, un peu petite fille, parfois si forte et parfois si fragile.

 

Elle me regardait dans les yeux. Elle n’avait pas besoin de parler. Sa pensée pénétrait ma pensée… Je me demandais tout à coup ce que nous faisions là. Qu’un événement d’une telle importance, une véritable noce, se passât sur la petite table d’une taverne me paraissait incongru.

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