Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

04/06/2011

Revoir Françoise V

Une vibration dans ma poche, un nouveau texto.

« Un avion quitte Bierzet pour Aberdeen ce soir à 23 heures. Tenues légères, mais smoking obligatoire  le soir. Tu es le détective belge que j’ai commandé pour nous aider ! »

23 heures, 23 heures ! J’ai juste le temps de faire ma valise. Je prendrai un taxi. Mon smoking, surtout le pantalon me serrait de partout. J’avais une chemise blanche encore dans son carton. J’appelai immédiatement Melkior, jetai dans mon sac quelques affaires, surtout pour le rasage et attendis sur le seuil. L’avion, un bimoteur vieillot décolla à l’heure précise. Nous n’étions que 15 dans l’appareil. L’air hôtesse, un peu désœuvrée, m’accorda beaucoup d’attention. Cela me fit un bien énorme, comme si j’étais redevenu un homme normal. Elle fit ses gesticulations sur les manœuvres en mer en s’adressant presque à moi seul. Elle parlait en anglais, à une vitesse folle, comme pour se débarrasser au plus vite de cette punition. Tous les passagers se tordaient. Elle restait imperturbable. Les femmes sont de véritables trésors. Il est impossible d’être heureux sans elles. J’étais ressuscité. Les pitreries de l’hôtesse me confortaient dans ce sentiment. Je me serais levé pour aller l’embrasser, mais, au dernier moment, je me demandai comment j’allais être reçu et je retombai dans mon fauteuil. En quittant l’appareil, je lui dis :

-J’ai bien failli vous embrasser tout à l’heure.

-Il fallait le faire ! D’ailleurs, il est encore temps, dit-elle en me tendant sa joue, sur laquelle j’appuyai un long baiser  humide.

Une Rolls Royce 2011 Ghost m’attendait sur le tarmac, au pied de l’avion. Ma toute charmante hôtesse m’apporta mon sac de voyage et me donna un deuxième bisou.

Quel accueil pensai-je. Le plus chic serait que Françoise fût dans la Rolls. Non, c’était un chauffeur à casquette, grincheux comme il se doit. Il ne desserra pas les lèvres de tout le voyage. Il m’avait installé sur la banquette arrière. Il n’y avait aucun paysage à regarder, la nuit était d’encre. On sentait l’odeur de la mer. On entendait parfois une sirène de navire. Nous roulâmes une cinquantaine de kilomètres pour aboutir, à Ballater,  dans la cour d’un manoir on  ne peut plus écossais. Il ne manquait que les fantômes à la réception.

Un valet en livrée, silencieux comme un bloc de glace, me conduisit au premier étage, m’installa dans une chambre où on aurait pu organiser un grand bal, me remit religieusement la clef et m’indiqua les utilités d’une geste vague. Il était près de trois heures du matin. Je me déshabillai et m’endormis avec délice dans un lit pour six personnes.

Les commentaires sont fermés.