Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

07/06/2011

Revoir Françoise VII

-Qu’allons-nous faire ? Tu me cloues au lit !

-Tu vas tout d’abord reculer d’un mètre. Dans un lit comme un terrain de tennis, cela doit être possible. Tu peux sortir les bras. Indispensables pour m’y blottir. Pour cause de calendrier, je suis indisponible deux jours encore. Nous allons reprendre notre affaire où nous l’avions laissée. Est-ce que tu sais que ce fut mon premier vrai baiser et, finalement, le seul vraiment bon ?

-C’est exactement ce que je pensais. Je me suis toujours demandé comment un baiser sur la bouche d’une petite fille pouvait procurer un bonheur qui rayonnait pendant des années voire pendant des siècles. Je n’ai plus jamais ressenti la même chose.

-Quand j’embrassais mon mari, c’est ton baiser que je ressentais. Vite, recommence.

Je la pris dans mes bras et posai mes lèvre sur les siennes. Le miracle eut à nouveau lieu. Elle se mit à rire.

-Qu’est-ce que tu as là sur la bouche qui me fait tant d’effet. C’est un vrai prodige. Quel dommage que tu sois arrivé trop tard ce matin-là à Rivage. Nous avons perdu trente ans de bonheur.

-Tu prends les paroles de mes lèvres. Trente ans ! Avec tant de malheurs…

- Quand je serai disponible, je tromperai la vigilance des laquais et je viendrai dormir avec toi. Mais, je te préviens, c’est pour toujours ! Plus une seule nuit sans toi ! Compris ?

-Quelle délicieuse menace. Comme je vais m’y conformer.

Nous reprîmes notre baiser. Il n’eut plus rien de furtif.  Nous ne nous arrêtions que pour reprendre souffle.

On entendit le son d’un clairon.

-Ici tout est réglé comme dans une caserne. Le clairon sonne à six heures, quelles que soient les circonstances. Toute la domesticité se met en branle. À sept heures le breakfast est prêt dans la grande salle. Tu peux demander ce que tu veux : une énorme omelette au jambon, des œufs à la coque, des croissants à la marmelade, du poisson fumé, du jus d’orange, tout. Ils ont sacrifié à la nouvelle mode : on doit se servir soi-même.

-Comment vas-tu faire pour rejoindre ta chambre, tu es presque nue ?

-Non, j’ai un peignoir dans l’entrée. Je l’enfile et je me sauve. Ma chambre est presque contigüe à la tienne.

Je descendis à huit heures. J’avais mis une chemise et une cravate. Je portais une veste légère sur le bras pour le cas où sa seigneurie Murdoch Mc Murphy serait dans les parages.

Il y était. Sa grosse voix faisait trembler la salle. Il me reconnut tout de suite :

-Voilà notre fameux détective belge s’esclaffa-t-il.

Les commentaires sont fermés.