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14/06/2011

Revoir Françoise XIII

-Charlène grandissait en âge et en sagesse, mais s’éloignait toujours plus de moi. Son amour pour son père transcendait tout. Elle était souvent fourrée dans l’appartement d’Ailein Murray, la maîtresse de Donald. Je ne peux pas dire que celle-ci l’attirait intentionnellement, non, elle fascinait Charlène par sa beauté opulente et par sa douceur. Elle adorait s’endormir dans ses bras. Quand, le soir, Donald venait reprendre sa place, elle était furieuse de devoir revenir près de moi. Elle apprit à lire avec Ailein et fit ses toutes petites classes avec elle. La préceptrice, qu’il fallut lui donner vers 7 ans, eut beaucoup de mal à l’apprivoiser. Elle faisait vérifier tout ce qu’elle disait par Ailein qui, pour elle, disposait de la science infuse. Elle vouait à son père une adoration presque furieuse. Il lui consacrait toutes les heures de liberté que lui accordait la préceptrice. Moi, je demeurais l’étrangère. J’essayais d’apporter le maximum d’aide à la gestion de domaine et  à la cuisine où je rencontrais un certain succès avec mes plats à la française. Je m’efforçais de pénétrer toutes les nuances du langage local, de l’accent local ; je mémorisais les légendes et les proverbes. J’essayais d’être une vraie Écossaise, mais je demeurais entourée d’un halo de froideur, douloureux pour ma nature communicative et naturellement fraternelle. Le climat était désagréable, pluies fréquentes, vent glacial, paysages tristes : j’étais « homesick »[1]. Je rêvais de mon Ourthe si douce et de l’Amblève sa petite sœur. Je regrettais les brises tièdes de chez nous. Les hirondelles et la chaleur un peu grande gueule des Liégeois me manquaient.

Un jour matin, une Minicooper s’arrêta devant le perron. Une dame élégante demanda à me voir. C’était la princesse Diana qui avait été mon témoin au mariage. Dès qu’elle fut dans mon boudoir, elle se précipita dans mes bras et éclata en sanglots. « Charles me trompe avec une vieille femme mariée. Je crois qu’il la fréquentait déjà avant notre mariage. Maintenant,  que je lui ai fait deux garçons, ils ne se cachent plus. Je ne sais parler à personne. Tous ces Écossais sont de glace. Je viens près de vous, chercher un peu de réconfort ». Je la pris dans mes bras en pensant : encore un mariage raté, un mariage de convention. C’est avec la vieille qu’il prend son pied. Sa ravissante épouse ne l’émeut absolument pas. Maintenant qu’elle a rempli sa mission de reproductrice, on peut la rejeter, la mépriser. Elle n’était qu’un ventre. Nous avons commencé une longue amitié de confidence et de consolation qui a duré jusqu’à son stupide accident.

C’est alors que survint le drame.

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