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16/06/2011

Revoir Françoise XV

Les funérailles de Donald furent, comme il se doit, grandioses. Toutes les personnalités locales se pressaient en costume national. Les rares personnes sans kilt n’étaient pas écossaises. Je fis faire à Charlène une robe longue toute blanche. Elle portait un petit bouquet de fleurs blanches qu’elle vint déposer sur le cercueil à l’offrande. Moi, j’étais tout en noir et cela faisait un effet horrible. Une tache sur ce monde chamarré. À la sortie de l’édifice religieux, les connaissances défilèrent devant Murdoch, Charlène et moi. Chacun me saluait les yeux humides. J’étais la veuve éplorée. Comme à mon mariage, j’avais l’impression qu’il ne s’agissait pas de moi ; que la vraie veuve c’était cette pauvre Ailein que l’on rejetait comme une servante et qui, pourtant, lui avait consacré sa vie. Charlène voulut être conduite à son enterrement à Forres, au nord des  Highlands. Murdoch considéra qu’il était en dessous de sa dignité d’assister à l’enterrement de la maîtresse de son fils, mais il mit à notre disposition sa nouvelle Rolls Royce, avec un chauffeur et un garde du corps. Charlène et moi étions vêtues comme pour l’enterrement de Donald, elle en blanc et moi en noir. Le garde du corps avait placé dans le coffre une immense gerbe de roses blanches toutes fraîches. Nous fûmes accueillies avec respect, mais sans chaleur. À l’offrande, Charlène saisit  le bouquet des mains du garde et le déposa sur le cercueil blanc. Elle s’arrêta un instant pour sangloter en tenant la bière, ce qui provoqua dans cette assemblée de glaçons une émotion inattendue. Nous ne connaissions personne. Nous sommes remontées en voiture. La maman d’Ailein nous attendait. Elle souleva Charlène comme une plume et, en pleurant, lui couvrit le visage de baisers en articulant, en patois, des phrases incompréhensibles. Nous fûmes rentrées pour le lunch. La famille nous attendait. Nous allâmes nous rhabiller plus sobrement. C’est au dessert, comme si elle avait préparé son discours, que Charlène se leva et me fit une scène épouvantable. J’en frissonne encore.

-Tout ce qui est arrivé est de ta faute ! cria-t-elle. Tu ne l’as jamais aimé alors que lui, il t’adorait. Il était obligé de se consoler avec cette pauvre Ailein parce que tu le repoussais. Je l’ai entendu pleurer dans les bras de cette fille. C’est elle qui le réconfortait. Comme elle me consolait aussi de tes froideurs. C’est par chagrin qu’il s’est mis à boire. Il était si gentil. J’ai tout perdu avec sa mort pour ne garder qu’une mère de marbre qui se moque bien de mon chagrin. Pourquoi ne retournes-tu pas chez tes stupides Belges ? Tu serais bien mieux qu’ici où les gens ont du cœur.

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