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17/06/2011

Revoir Françoise XVI

Elle était à côté de moi. Je lui administrai une gifle retentissante, une  de celles qu’en wallon liégeois on appelle un « pétard ». Elle se redressa comme une furie et courut dans sa chambre. J’étais scandalisée, outrée, révoltée de ses paroles mais, à ma stupéfaction, je m’aperçus que tout le monde tenait avec elle. La mauvaise, c’était moi ! C’était de ma faute s’il me trahissait, s’il me bafouait en brayant comme un âne au point qu’il avait fallu doubler les murs. Il se fit un grand silence. Sans mot dire, les convives quittèrent la table l’un après l’autre. Je me retrouvai seule avec Murdoch avec lequel je croyais m’être toujours bien entendue. Il ne disait rien. Il restait penché sur son assiette. J’attendais qu’il parle. Je ne voulais pas lui laisser le terrain de la bataille.

-Françoise, articula-t-il, il est inadmissible qu’un enfant de dix ans apostrophe sa mère en, public de cette manière. Il faut la punir sévèrement. Mais, dans le fond, que penses-tu de ce qu’elle a dit ?

-Je suis abasourdie ! Depuis mon mariage et surtout depuis ma maternité, j’essaye de jouer mon rôle avec un maximum de dignité. Cela n’a pas toujours été facile. Il buvait, il faisait scandale, vous avez dû insonoriser son appartement. Il m’est difficile de supporter d’être  la coupable…

-Ma petite Françoise, depuis le premier jour, je constate l’immensité de votre  malentendu. Physiquement  vous étiez à l’opposé l’un de l’autre. Vous auriez dû être une femme du calibre de sa maîtresse. Or vous êtes gracieuse, fine, cultivée, délicate. Comment êtes-vous tombée dans son piège ?

-Père, lui dis-je, il faut bien que je vous réponde puisque je suis dans la position de l’accusée. À Fort William, il avait bu plus que de raison. Il a enfoncé ma porte. Je fus enceinte tout de suite…Il sautait de joie. Il a voulu ce mariage immédiatement. Si j’avais été raisonnable j’aurais refusé. Mais vous m’écrasiez tous. Et il était si gentil…Malentendu est vraiment le mot juste. Que vais-je devenir ? Ici, je viens de m’en apercevoir, je serai désormais seule contre tous.

-Ne me compte pas parmi tes ennemis. Tu m’as plu dès le premier jour. Si j’étais plus jeune je te proposerais aussi le mariage, mais nous referions la même erreur que Donald.

-Papa, dis-je en me levant et en appuyant ma tête sur son épaule. Comme l’amour est difficile…

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