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18/06/2011

Revoir Françoise XVII

-L’amour n’est pas difficile. Il suffit de se laisser couler au gré de la rivière. C’est le choix du partenaire qui est difficile. D’un seul coup d’œil, on voyait que vous ne vous conveniez pas. Lui, énorme, construit à la cognée, d’une force herculéenne avec une âme de petit garçon et toi, d’une beauté fracassante, intelligente, universitaire, polyglotte, délicate, toute en nuance. Pour lui, tu étais inaccessible. Comme un ange, comme la Vierge Marie. Plus il buvait, plus il te faisait horreur. Tu aurais peut-être été jusqu’à supporter Ailein, qu’à voix basse on surnommait sa putain. Elle  lui tenait la tête hors de l’eau et, cela m’a toujours étonné, avait pour toi la même adoration que Donald. Vous étiez l’eau et le feu ; la carpe et le lapin. Dans une telle constellation, tout effort est voué à l’échec. La petite t’en rend responsable, car elle avait compris toutes ces nuances. Elle ne te le pardonnera jamais.

-Qu’allons-nous faire ? La vie va être un enfer…

-Il faut partir. Ici, tu vas devenir un corps étranger. Il faut revenir de temps en temps, aux vacances par exemple. Essaye de dénicher une place de professeur. Je t’aiderai à trouver un appartement, un chalet de vacances, une voiture. Refais ta vie. Avec ton charme, cela ne doit pas être difficile, mais ne choisis plus un homme qui soit ton image inverse. Pars rapidement. Un avion taxi viendra te chercher à Aberdeen et te déposera à Liège. Je vais m’efforcer d’élever Charlène. Ce ne sera pas facile. Elle va traverser une phase de révolte. J’espère qu’elle n’a pas pris sa préceptrice en horreur. Je lui ferai rencontrer des  enfants de son milieu. Je la mettrai en pension. Je ferai mon possible. Toi, tu pourras toujours compter sur moi. Je veux être ton père puisque tu as perdu le tien. Pars demain. Je vais téléphoner pour l’avion. Va préparer tes bagages.

Le lendemain vers quatre heures, après quelques minutes d’hélicoptère, je décollai d’Aberdeen dans le petit jet. Charlène m’embrassa quand même avant mon départ. Elle pleurait.

-Pardon Maman, me glissa-t-elle à l’oreille. Je sais bien que c’est à cause de  moi que tu pars. J’espère que tu viendras souvent me voir

Je sanglotais en la serrant dans mes bras. C’était la première fois qu’elle était vraiment gentille avec moi. Je courus à l’hélicoptère sans me retourner.

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