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20/06/2011

Revoir Françoise XVIII

À Liège Airport, une grande voiture noire attendait sur le tarmac. Ma mère, tenant son chapeau menacé par le vent, était accompagnée d’un monsieur grisonnant et distingué.

-On t’a chassée ? Me demanda-t-elle anxieusement.

-C’est Charlène qui m’a chassée. Elle m’accuse de la mort de son père…

Deux hommes de piste déchargeaient mes bagages et les plaçaient dans une camionnette. Le chauffeur dit : « à l’adresse indiquée ? » Le monsieur fit un signe de tête. L’arrière de la voiture noire était un véritable salon. Le monsieur, avec un fort accent anglais, me dit qu’il était l’homme d’affaire de Lord MacMurphy. Je continuai la conversation dans sa langue. Il était chargé de veiller sur mon installation : appartement, meubles, chalet de week end et voiture. Il se chargerait de toutes les factures. Il me glissa la carte d’une maison bruxelloise où je pouvais le contacter quand je voulais. La limousine nous déposa chez Maman, boulevard Frère Orban.

J’étais heureuse d’être là ; d’avoir échappé aux vents frisquets de l’Écosse, de ne plus devoir supporter l’hostilité générale et de revoir la Meuse, si tranquille, si large, si douce. Mes bagages étaient dans l’appartement. Je m’écroulai dans un fauteuil et me mis en devoir de relater les derniers événements, surtout la scène mémorable que ma fille m’avait faite.

-Et c’est une scène de cette gamine qui t’a décidée à partir ?

-Sans le dire, tout le monde était d’accord avec elle. Donald avait été profondément malheureux avec moi. De chagrin, tu entends bien, de chagrin, je l’avais forcé à prendre une maîtresse avec laquelle il beuglait tellement qu’il avait fallu renforcer les murs ! Qu’est-ce que tu voulais que je fisse encore là ? L’épouser fut une erreur. Je ne dois rien à personne et je suis heureuse de retrouver mon doux pays. Je vais chercher un place de professeur, j’ai assez de diplômes pour cela et, vogue la galère.

-Il y a de très beaux appartements ultramodernes en Vinâve d’Ile. Fais-toi construire un chalet à Verlaine, tout près de Sy. Tu seras sur ton Ourthe chérie. Dès demain, nous téléphonerons aux collèges de la ville. Nous sommes en août. Une place est peut-être libre.

Un texto apparut sur mon portable : « Charlène disparue depuis ce soir. Organisons battues.  Si vous avez des nouvelles prévenez-nous. »

-Elle n’aura pas attendu longtemps pour faire des histoires, dis-je. Finalement, je plains ce pauvre Daddy. Il s’est mis un éléphant sur le dos.

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