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14/08/2011

Revoir Françoise - 39 - Le 15 août 2011 - L'évasion


Charlène était comme morte. Elle était pâle. Elle restait couchée sur le dos. Elle ne réagissait pas quand l’infirmière entrait pour les soins. Celle-ci s’inquiétait et faisait des rapports alarmants au neurologue de service. Gladys, l’infirmière de police, complètement rassurée, somnolait dans son grand fauteuil. Gordon Wallace était perplexe. Que faisait-on là ? Les médecins se tourmentaient. Cachait-elle un hématome intracrânien particulièrement perfide, rebelle à leurs investigations le plus savantes ? Lord Mac Murphy trépignait au téléphone. Il voulait des nouvelles, des nouvelles et encore des nouvelles. Il exigeait de parler au professeur lui-même, lequel commençait à perdre patience.

-Tout est normal, milord, nous faisons une prise de sang tous les jours; un électrocardiogramme et un encéphalogramme tous les deux jours. L’IRM est muette. Il y a des moments où je me demande si elle ne se moque pas de nous.

-Enfin, professeur, une petite fille si charmante ! Elle devrait rêver de rentrer chez elle…

-C’est pourquoi je propose de continuer la surveillance. Nous prendrons une décision dans trois jours.

La nuit du troisième jour, vers trois heures, Charlène appela l’infirmière de nuit, Maureen, une accorte jeune fille toute en douceur. Gladys sortit à peine de son sommeil. Elle se rappela plus tard avoir entendu quelques bruits, mais, vu la somnolence de l'alitée, elle n’y avait attaché aucune importance. La patiente demanda la panne. Elle était en dessous du lit. Maureen se pencha pour la prendre. Charlène lui asséna un formidable coup sur la nuque avec la matraque qu’elle cachait dans ses draps depuis le passage de l’étranger. Elle se précipita sur elle et lui versa dans la bouche le contenu d’un flacon de clonazepam[1]. Elle mit la blouse, se coiffa du bonnet de Maureen, enfila ses mules et sortit de la chambre sans un regard pour Gladys, qui ronflait de toutes ses forces. Elle marchait comme un zombie.

Elle prit calmement l’ascenseur. Les hommes du Yard lui jetèrent à peine un regard. Il pleuvinait. Charlène se saisit d’un de ces parapluies gigantesques qu’on ne trouve qu’en Grande-Bretagne, et sortit dans le parc. Avec raideur, elle marcha deux à trois cents mètres. Une Mini-Cooper l’attendait avec, à son bord, l’homme en noir qui était venu la voir à la clinique.

-Et alors, tu as réussi! lui dit-il. Tu ne l’as pas tuée au moins ?

-J’espère que non, mais j’ai frappé très fort, puis je lui ai fait engloutir tout le flacon.

Tous feux éteints, la voiture démarra doucement et s’enfonça dans la nuit, encore profonde à cette heure.



(à suivre)



Clausewitz





[1] Benzodiazépine antiépileptique.

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