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20/08/2011

Revoir Françoise - 21 août 2011 - chapitre 45 - Payer la rançon?



Murdoch me reçut, les yeux rouges. Il me tendit un papier. Il tremblait un peu.

Dear Sir,

Il vous reste 48 heures pour déposer 1 million de £ à l’endroit indiqué. Passé ce délai, vous recevrez
régulièrement des éléments du corps de votre petite fille. Nous commencerons par les cheveux, puis les poils, vous verrez la suite

Sincerely Blackman


-Je vais payer ! Je n’ai plus confiance en Scotland yard. Ce sont des gribouilles. Le ravisseur les mène par le bout du nez. Je suis horrifié à l’idée de ce qu’ils vont faire à Charlène.

-Sir Murdoch, si vous me le permettez, je vais aller à la clinique et reprendre l’enquête à l’enlèvement de la petite.

-L’enlèvement ?

-Oui, je ne vois pas encore la méthode utilisée, mais je suis convaincu qu’il s’agit d’un enlèvement. Il doit y avoir des traces.

-Partez vite, je vais appeler un hélicoptère de l’armée. Vous serez immédiatement sur place. Il n’y a pas de temps à perdre.

J’étais encore en train de parlementer avec le corps de garde quand le Merlin se posa sur la pelouse. En une demi-heure, Françoise et moi, atterrissions sur le ground de l’hôpital. Gordon Wallace nous accueillit et nous conduisit dans un petit bureau où une secrétaire vint nous servir une tasse de thé.

-Je viens vous apporter des renseignements complémentaires, dis-je au sympathique colosse dont je percevais le désarroi. Douglas Mac Dowel n’a plus logé à Ballater depuis cinq jours. Hélène et Mary Higgins sont parties en voiture hier après midi. Elles ne sont pas rentrées pour la nuit. Murray se drogue toujours dans sa chambre et les deux lascars, le clergyman et le comptable, se cantonnent dans leur bureau. Puis-je voir la chambre de Charlène ? Gordon hésita, puis se leva et nous conduisit à l’étage. On avait apposé les scellés. Il les fit sauter avec un soupir.

Il y avait encore des tâches de sang, près du lit, sur le sol. Les enquêteurs avaient emporté la matraque ainsi que le flacon de soporifique. J’installai Françoise dans le lit, me baissai pour prendre la panne et elle me frappa d’un coup de poing (gentil) dans la nuque. Le scénario correspondait parfaitement à la réalité. Françoise se jeta sur moi pour me faire ingurgiter un flacon théorique. Elle dut me mettre sur le dos ce qui, avec mes cent kilos, fut plus difficile qu’avec la petite Maureen.

-Ok, dis-je. Elle se change rapidement et elle sort au nez et à la barbe de la sentinelle qui n’arrête pas de roupiller. Nous quittâmes la chambre. Nous joignîmes le rez-de-chaussée. Je repérai aisément le porte parapluie. Gordon se plaça où étaient ses gorilles. Françoise, à demi cachée par l’ombrelle, passa devant lui.

-Si elle avait eu des complices dans la surveillance, cela n’aurait pas été pire. On a l’impression que tout le monde était de mèche avec elle, réfléchit Gordon..

(à suivre)

Clausewitz

19/08/2011

Revoir Françoise - 20 août 2011 - Chapitre 44 - Le jour se lève


Le jour se levait à peine. Le clairon n’avait pas sonné. Je me soulevai sur le coude pour la regarder dormir.

- Quand je pense que nous pourrions être dans le chalet de Verlaine et nous réveiller au murmure du ruisseau. Nous somme ici à nous battre avec une bande de salopards dont je commence à subodorer la méchanceté et l’avidité. On déteste Charlène, c’est peut-être parfois justifié, mais je vois se dessiner une conspiration, pour son argent, sa position auprès de Murdoch, peut-être aussi pour son sexe. Il y a une complicité de mauvais aloi entre les prootagonistes.

Françoise s’était découverte. J’admirais le galbe de ses épaules, la finesse de son poignet, ses mains fuselées. J’essayais de retrouver ma petite amie de dix ans. Elle était effacée par cette superbe femme. Oubliée la diabolique Hélène. Tout était redevenu pur, limpide. Une idée me traversa comme une flèche : nous allons finir nos jours ensemble ! Mariés ou pas. Pouvait-elle encore avoir des enfants ? Je voudrais une petite fille qui me rendrait ma petite Françoise perdue. Elle se retourna vers moi et me prit dans ses bras.

-Il me semble entendre ta petite machine cérébrale. Ça ronronne comme un ordinateur qu’on vient d’allumer.

-Tu crois qu’il serait encore possible de te faire une petite fille ?

-Je ne suis pas certaine que tu es bien réveillé. Nous en reparlerons tout à l’heure. Dis-moi plutôt ce que tu penses de l’affaire Charlène. Tu es le célèbre détective belge sapristi !

-Je vais voir sir Murdoch tout à l’heure. Je vais lui exposer mes soupçons. Après, j’irai à la clinique d’Édimbourg. Je dois méditer sur cette évasion paradoxale.

-Qu’est-ce que tu crois ?

-Accompagne-moi. Il faut d’abord savoir qui a passé la nuit au château.

-Comment se renseigner ?

-Facile, il y a un corps de garde digne d’une prison. On note toutes les entrées et toutes les sorties, à pied ou en voiture. À plusieurs reprises, je suis allé boire un verre avec les sentinelles. Je sais déjà que Douglas Mac Dowel s’est absenté plusieurs nuits. Je vais faire un inventaire des présences.

(à suivre)


Clausewitz









18/08/2011

Revoir Françoise - 43 - Le 19 août 2011 - Hypnotisée


L’homme en noir roula une bonne heure. Il s’engagea dans une allée fermée par une haute grille, ouvrit la portière de Charlène et la prit par le bras. Ils pénétrèrent dans un pavillon équipé en salle de gymnastique. Charlène s’étendit sur un lit et ferma les yeux. Son compagnon commença à la déshabiller. Sans ouvrir les yeux, elle se laissa faire. Il lui retira son bonnet et ses mules. Elle se retrouva nue comme dans la baraque dont Murdoch l’avait délivrée. Il lui étendit les bras et les jambes et les fixa par des menottes. Il jeta une couverture propre sur elle.

-Réveille-toi ! lui dit-il en la massant légèrement entre les deux yeux.

Charlène se détendit, s’étira et demanda : où suis-je ?

- Tu es chez ton magicien préféré. Vas-tu enfin faire ce que j’attends de toi ?

-Je n’attends rien !

-Tu sais très bien ce que je veux dire. Il retira la couverture.

-Est-ce plus clair maintenant ?

Charlène se contorsionnait, mais ses membres étaient entravés. Elle ne pouvait bouger.

-C’est pour en arriver là que vous m’avez enlevée. Pour faire vos insanités ? Et, en plus, il vous faut une rançon. Qui êtes-vous ?

Pour la sortir de l’hypnose, l’inconnu avait revêtu une cagoule noire. Charlène s’arrachait les oreilles pour identifier sa voix dont certaines inflexions lui rappelaient quelque chose.

-Nous allons passer aux travaux pratiques, dit-il en ricanant. Dans la position où tu te trouves, tu ne vas pas pouvoir offrir une bien grande résistance.

-Allez-y, violez-moi ! Mais je vous promets une vengeance terrible quand vous serez entre les mains de mon grand-père.

-Ce vieil imbécile ! Il ne me tient pas encore. Et il ne te récupérera pas de sitôt. Uniquement quand j’aurai fini de m’amuser avec toi. Seras-tu encore vivante ? Il poussa sur un bouton. Deux femmes, en toute petite tenue, autant dire rien, et cagoulées, firent leur entrée. Elles étaient bronzées comme des négresses tellement elles s’étaient inondées de fond de teint et de fluide bronzant. Charlène n’était pas certaine de reconnaître leurs voix. Elles portaient un petit caillou sur la langue. Hélène ? Mary Higgins ?

-Vous allez participer à cela ? Moi qui vous prenais pour des amies.

-Des amies ? répondit la plus grande, mais tu n’as pas d’amie ma pauvre choute. Tout le monde te déteste, même les chats ! Nous allons nous délecter de ce qu’on va te faire. Nous y participerons. Tout se paye un jour et, pour toi, c’est le moment de passer à la caisse.

(à suivre)


Clausewitz

17/08/2011

Revoir Françoise - 42 - Le 18 août 2011 - Françoise enfin.


La cérémonie whisky et le repas terminés, je courus à la chambre de Françoise. La porte n’était pas verrouillée. Elle était sous la douche. Quand je voulus y entrer, elle poussa des cris horrifiés. Je battis en retraite et me laissai choir dans un grand fauteuil chippendale noir. Peu après, elle me rejoignit, avec un essuie sur la tête. Elle me reprocha :

-Pourquoi n’es-tu pas venu me rejoindre sous la douche. Je t’attendais. Tu m’aurais savonné le dos.

-J’adore le discours des femmes. Il y a cinq minutes, j’ai dû battre en retraite devant les cris de ta pudeur.

-Hypocrite ! À ton âge, tu sais quand même bien, que nous ne disons jamais ce que nous pensons. Il faut comprendre notre langage. Si un monsieur demande à une dame « voulez-vous faire l’amour avec moi ? Et qu’elle répond Oui ! » Tout le monde, à commencer par le monsieur, va se scandaliser. Elle doit donc commencer par dire Non ! « La vente commence quand le client dit non » proclame un célèbre manuel pour vendeur. Avec les femmes, c’est la même chose. À sa façon de dire non, le monsieur comprendra que c’est peut-être oui. Il y a des non définitifs, absolus, catégoriques. Il ne faut pas insister. Mais il y a une foule de jolis non qui, bien prononcés, signifient presque oui. Tout à l’heure, je criais, mais cela voulait dire entre, viens me laver le dos. Une fois de plus, tu n’as rien compris. Les hommes sont parfois désespérants, dit-elle en se secouant les cheveux et en commençant à les essuyer.

-C’est exactement ce que je te disais : j’adore le discours féminin. Les mots utilisés n’ont jamais rien à voir avec la réalité, mais l’homme un peu subtil en saisit immédiatement toutes les nuances. Je ne suis pas encore assez subtil.

-Je dirais plutôt que tu es subtil au second degré. Tu nous prends au mot, mais tu as très bien compris et nous tombons dans le piège.

-Question : est-ce que je dors ici ou viens-tu dans ma chambre. Je te préviens, je n’ai pas mon pyjama.

-Mais si, tu le portes toujours en dessous de tes vêtements !

-Et toc. Ça c’est du direct ! Donc je reste. C’est toi qui vas me laver le dos.

Pendant que je me battais avec mon smoking, ma chemise, le nœud papillon et les boutons de manchette, elle laissa tomber son peignoir. Mes difficultés de déshabillage furent immédiatement multipliées par dix.

(à suivre)

Clausewitz

16/08/2011

RevoirFrançoise - 41 - Le 17 août 2011 - Messaline?


Avec son petit tricorne bleu, Mary Higgins vint s’asseoir devant moi. Elle serait à la gauche de sir Murdoch. En douce, je surveillais son manège. Cette bonne femme finissait par m’intéresser. Elle n’était pas si mal après tout. Elle n’était pas grosse, simplement potelée, avec des épaules et des bras très blancs. Sa poitrine généreuse, montrait une gorge bien dessinée. Ses cheveux étaient châtains. Ses doigts ne portaient qu’une simple alliance. Ses ongles étaient vernis en rouge sombre. En prenant place, elle me fit un grand sourire complice. Pourquoi complice ? Qu’avions-nous en commun ? Elle déplia sa serviette et me demanda si je me plaisais bien dans les Highlands. Je lui répondis que j’étais fasciné par les Écossais et, à mi-voix, par les Écossaises. Elle réussit à rougir.

-Il faudra venir me voir un de ces jours, minauda-t-elle. J’ai du Chivas régal 18 ans d’âge !

-Oh, oh, fis-je, ébloui, 18 ans d’âge ! Quelle merveille !
Elle baissa modestement la tête.

-Il est à votre disposition.

Elle n’allait pas, elle aussi, me faire du rentre dedans ? J’avais une tête à claque ou quoi ? Murdoch vint me tirer d’affaire. Il était hors de lui.

-Connaissez-vous les derniers rebondissements avec Charlène ? nous dit-il. Elle s’est évadée de la clinique en assommant et en droguant une infirmière ! Inimaginable ! Une si charmante, une si adorable jeune fille. Je me demande si c’est possible. Je crois qu’elle a simplement été enlevée. Ces imbéciles de Scotland Yard n’ont rien vu ! Il y avait une infirmière de police devant la porte. Elle ronflait dans son fauteuil ! Les factionnaires de l’entrée l’ont laissé sortir sans réagir :

- Une petite infirmière ? Nous devions arrêter un géant au chapeau enfoncé sur les yeux!

Gordon Wallace m’a téléphoné avec une petite voix. Que pensez-vous de tout cela monsieur le détective belge ?

-J’en pense beaucoup de choses mais, mais, non que je me méfie de votre charmante voisine, je préférerais vous les exposer en particulier. J’ai lu dans Roméo et Juliette, qu’un secret ne pouvait être gardé par deux personnes qu’à condition que l’on tuât une des deux.

-Ah, ah, elle est bien bonne : un Belge qui vient nous citer Shakespeare. Et bien d’accord ! Demain matin, après le breakfast, dans mon bureau.

La salle était déserte. Précisons : me semblait déserte. Hélène n’était pas là ; Françoise non plus et Douglas Mac Dowel, une fois de plus, jouait les filles de l’air. Au bout de la table, les deux compères, le clergyman, Percy Cranagh et le comptable, George Rasberry, parlaient à voix basse. J’eus la mauvaise pensée d’imaginer qu’ils préparaient une partie délicate avec ma voisine, arrosée de Chivas 18 ans d’âge. J’eus, heureusement, immédiatement honte de moi-même.

(à suivre...)

Clausewitz

15/08/2011

Revoir Françoise le 16 août 2011 - 40 - Tout le monde sur le pont!

Clausewitz

À six heures, l’équipe de jour fut surprise de l’absence de Maureen. Les clefs avaient disparu. La chef de groupe, Cameron, fit un tour rapide des chambres de l’étage et se heurta au fauteuil de Gladys d’où sortait un ronflement de locomotive. Elle la réveilla sans ménagement.

-Vous dormez et vous êtes de garde ! Avez-vous vu la petite Maureen pendant la nuit ?

-Oui, dit Gladys en baillant et en s’étirant. Vers trois heures, elle est venue, appelée par la princesse.

-Que voulait-elle ?

-J’ai cru comprendre qu’elle demandait la panne et j’ai entendu un peu de bruit. Mais Maureen est sortie très vite et je me suis rendormie.

-Maureen a disparu et nous n’avons pas les clefs.

-J’ai un passe-partout, dit Gladys, en fouillant dans sa poche.

Cameron entra dans la chambre et poussa un cri. Charlène n’était plus là et l’infirmière gisait à plat ventre, en culotte et soutien gorge, avec des traces de sang sur le front. Elle respirait bruyamment. Il était impossible de la réveiller. Elle ne répondait pas aux ordres simples. Cameron sonna l’alarme. Gordon arriva le premier. Il attachait encore son pantalon.

-Prévenez vite le professeur ! Et à Gladys : quelle imbécile vous faites : tout se passe devant vos yeux et vous ronflez ! Retournez au bureau, je ne veux plus vous voir ! Il courut à l’entrée. L’équipe de nuit s’en allait. Ils se souvenaient d’une jeune infirmière qui était sortie vers trois heures avec un grand parapluie. Comme ils s’attendaient à un homme grand et noir ils n’avaient pas fait attention à la jeune fille.

-Elle était seule ?

-Oui, absolument. Nous avons cru qu’elle allait chercher quelque chose dans le parc.

-À trois heures du matin ! Ce n’est pas une heure pour aller au magasin du coin.

-Oui, bien sûr, mais elle pouvait sortir pour une analyse, un résultat, que sais-je ?

Je suis entouré de gribouilles, pensa Gordon qui tremblait à l’idée de la scène qu’allait lui faire sir Murdoch. Ils s’attendaient à un malabar et ils ont eu une ablette. Elle leur a filé entre les doigts. Nous avons affaire à un stratège et à de remarquables exécutants. Il y a une piste. Elle doit être aveuglante mais, moi, je suis dans le noir.

Les experts du Yard arrivaient. La matraque, d’origine policière, avait provoqué une tuméfaction de la nuque de l’infirmière. Ils retrouvèrent le flacon de clonazepam vide. Une partie du liquide s’écoulait de la bouche de la victime.



(à suivre)

14/08/2011

Revoir Françoise - 39 - Le 15 août 2011 - L'évasion


Charlène était comme morte. Elle était pâle. Elle restait couchée sur le dos. Elle ne réagissait pas quand l’infirmière entrait pour les soins. Celle-ci s’inquiétait et faisait des rapports alarmants au neurologue de service. Gladys, l’infirmière de police, complètement rassurée, somnolait dans son grand fauteuil. Gordon Wallace était perplexe. Que faisait-on là ? Les médecins se tourmentaient. Cachait-elle un hématome intracrânien particulièrement perfide, rebelle à leurs investigations le plus savantes ? Lord Mac Murphy trépignait au téléphone. Il voulait des nouvelles, des nouvelles et encore des nouvelles. Il exigeait de parler au professeur lui-même, lequel commençait à perdre patience.

-Tout est normal, milord, nous faisons une prise de sang tous les jours; un électrocardiogramme et un encéphalogramme tous les deux jours. L’IRM est muette. Il y a des moments où je me demande si elle ne se moque pas de nous.

-Enfin, professeur, une petite fille si charmante ! Elle devrait rêver de rentrer chez elle…

-C’est pourquoi je propose de continuer la surveillance. Nous prendrons une décision dans trois jours.

La nuit du troisième jour, vers trois heures, Charlène appela l’infirmière de nuit, Maureen, une accorte jeune fille toute en douceur. Gladys sortit à peine de son sommeil. Elle se rappela plus tard avoir entendu quelques bruits, mais, vu la somnolence de l'alitée, elle n’y avait attaché aucune importance. La patiente demanda la panne. Elle était en dessous du lit. Maureen se pencha pour la prendre. Charlène lui asséna un formidable coup sur la nuque avec la matraque qu’elle cachait dans ses draps depuis le passage de l’étranger. Elle se précipita sur elle et lui versa dans la bouche le contenu d’un flacon de clonazepam[1]. Elle mit la blouse, se coiffa du bonnet de Maureen, enfila ses mules et sortit de la chambre sans un regard pour Gladys, qui ronflait de toutes ses forces. Elle marchait comme un zombie.

Elle prit calmement l’ascenseur. Les hommes du Yard lui jetèrent à peine un regard. Il pleuvinait. Charlène se saisit d’un de ces parapluies gigantesques qu’on ne trouve qu’en Grande-Bretagne, et sortit dans le parc. Avec raideur, elle marcha deux à trois cents mètres. Une Mini-Cooper l’attendait avec, à son bord, l’homme en noir qui était venu la voir à la clinique.

-Et alors, tu as réussi! lui dit-il. Tu ne l’as pas tuée au moins ?

-J’espère que non, mais j’ai frappé très fort, puis je lui ai fait engloutir tout le flacon.

Tous feux éteints, la voiture démarra doucement et s’enfonça dans la nuit, encore profonde à cette heure.



(à suivre)



Clausewitz





[1] Benzodiazépine antiépileptique.

Revoir Françoise le 14 août 2011 Murray Mac Murphy (suite)


-Qu’avez-vous ?

-Ne prononcez pas ces paroles ! Hélène est une malédiction ! Elle sème la discorde partout. Elle rend les hommes fous, elle en fait ses marionnettes. Elle a commencé avec vous. Je suppose que vous vous en êtes rendu compte. Fuyez-la ! J’ai été incapable de le faire. Elle m’a ensorcelé. Je ne suis plus moi-même. Je me drogue, je bois, elle me manipule…

-Trempe-t-elle dans l’affaire du kidnapping ?

-Je ne peux rien vous dire. Il va m’arriver malheur. La meilleure chose que je puisse faire est de quitter ce château maudit. Mais je n’ai aucune ressource. Quoiqu’il arrive, il faut que je reste dans leurs griffes.

-Leurs griffes ? De qui parlez-vous?

-Sortez, sortez, je vous en prie. Faites en sorte que personne ne sache que je vous ai parlé. Sur le ton de la confidence, il ajouta, tout bas : c’est vrai, ils m’ont chargé de vous tuer dans un accident, ainsi que Françoise. Dieu soit loué, je vous ai raté, mais maintenant je dois m’apprêter à payer la note. Sortez vite. Il me poussa dehors.

Je me retrouvai groggy dans le couloir.

-Ai-je parlé à un fou ?

C’est quoi ce cirque ? Qu’Hélène soit une allumeuse, bien que cela blessât ma petite vanité, cela sautait aux yeux. Mais de là à nous faire assassiner, il y a de la marge. Je commence à me demander si cet enlèvement n’est pas le début d’une conspiration générale pour détrôner Charlène et déclencher un renversement de régime. Je regagnai ma chambre. J’espérais, avec honte, que l’on me fît encore entrer de force dans la II27.

Mais le corridor resta désert. Je pris une longue douche, revêtis mon smoking et descendis pour le diner. Huit heures allaient sonner. L’immense salle était encore vide. La première personne à faire son entrée fut Mrs Mary Higgins, parfaitement méconnaissable. Elle était coiffée, comme les hôtesses, d’un petit chapeau tricorne bleu marine avec un ruban jaune. Sa robe de soirée, rouge sombre, était décolletée, on voyait ses bras et ses épaules étonnamment blanches. Elle était maquillée avec discrétion, sauf ses yeux, barbouillés de mascara. Elle avait un petit air sexy qui me stupéfia et me donna envie de rire. De tous les mystères qui surgissaient sous mes pas, celui-ci n’était pas le moindre : la Messaline de Ballater ! À qui allait-elle s’en prendre ce soir ?

(à suivre)

12/08/2011

Revoir Françoise 37 le 13 août 2011 Les jeux de Murray Mac Murphy


Après trois heures de prestations de haute école, Françoise tomba dans un sommeil qui menaçait de durer jusqu’au matin. Je m’esquivai sur la pointe des pieds. Il était quatre heures, j’avais le temps de pousser une pointe jusque chez Murray Mac Murphy, le grand échalas de petit-fils de Murdoch qui avait failli me renverser dans le fossé avec une Range boueuse. Il logeait au deuxième étage. Quand il ouvrit sa porte, je fus repoussé par une odeur de tabac, de cannabis et d’alcool. Il était débraillé et décoiffé. On aurait pu allumer son haleine comme celle d’un cracheur de feu. Il fut stupéfait et, me sembla-t-il, un peu effrayé de ma visite.
-Je viens prendre de vos nouvelles, lui dis-je en souriant. Êtes-vous remis de votre malaise d’hier ?
-Mon malaise ?
-Oui, vous aviez l’air désorienté, vous avez failli me tamponner de face. J’ai eu beaucoup de mal à vous éviter.
-Je ne me souviens pas du tout de cela, dit-il effrontément.
-C’est normal, vous étiez sans doute, comme maintenant, sous l’influence de la drogue et de l’alcool, cela efface la mémoire. Vous ne devez pas souvent être à jeun de ces substances, ajoutai-je sur un ton lourdement provocateur.
Il courba les épaules et se laissa tomber dans un fauteuil.
-Pourquoi venir me chercher querelle ? me dit-il un peu décontenancé.
-Je veux savoir pourquoi vous avez essayé de nous tuer, madame Mac Murphy et moi, en vous lançant à toute vitesse contre notre véhicule. Il est heureux que je sois pilote émérite, sinon nous étions écrasés par votre bolide. J’avais un ton menaçant. Je voulais lui donner le sentiment que j’allais lui faire son affaire à coups de poings. Comparé à lui, j’étais dans la catégorie des super lourds.
-Ce n’est pas vrai ! larmoyait-il ; je n’ai pas le moindre souvenir de cette affaire.
-Et cette voiture, d’où venait-elle ? Elle ne fait pas partie des véhicules de votre grand-père.
-C’est la Range d’un garde-chasse. Elle était boueuse parce que j’avais fait des essais de stabilité dans un marécage à l’orée de la forêt.
-Dans votre état ? Des essais de stabilité ? Vous ne m’avez pas encore dit une seule vérité depuis mon entrée. Dois-je interroger sir Murdoch sur cette affaire ?
-Ne parlez surtout pas de cela à mon grand-père, il en ferait encore toute une histoire…
-Qu’est-ce qu’Hélène faisait avec vous ? Votre cousine est votre maîtresse ?
Il poussa un gémissement de terreur, comme si j’avais évoqué Belzébuth.

(à suivre)
Rappel
Françoise Delorme : la petite fille de mes 12 ans
Charlène Mac Murphy : fille de Françoise
Carl Fréson : le narrateur
Murdoch Mac Murphy : le Lord écossais.
Murray Mac Murphy : son petit fils
Hélène Mac Murphy : beauté vénéneuse, petit fille du Lord
Gordon Wallace: lieutenant de Scotland Yard, Malabar.
George Raspberry: comptable (relations avec Mary Higgins)
Percy Cranagh: clergyman (relations avec Mary Higgins)
Douglas Mac Dowel : intendant, ancien colonel de parachutistes.
Mary Higgins : secrétaire, derrière un look de vieille fille, une Messaline.
Duncan : maître d’hôtel
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11/08/2011

Revoir Françoise XXXVI Enfin près d'elle le 12 août 2011



Il était temps pour le lunch. Je frappai à la porte de Françoise. Elle me répondit par un grognement et, en titubant, vint m’ouvrir la porte. Elle était toujours habillée.

-Tu viens bien tôt, me reprocha-t-elle.

-Bel accueil ! Il est presque midi.

-Je ne descendrai pas au lunch. Demande à Duncan de me faire un sandwich.

Quand je revins avec mon plateau, elle s’était rafraichie, coiffée, discrètement maquillée et avait passé la chemise de nuit transparente de l’autre fois. Je lui installai une dinette sur le coin de la table. Elle dégusta longuement le café. Elle me jetait, par en dessous, des coups d’œil inquisiteurs.

-Que s’est-il réellement passé avec Hélène ? Dis-moi tout !

-Sensu stricto, il ne s’est rien passé. Elle m’a agressé plusieurs fois, mais j’ai toujours réussi à l’esquiver. Tu me laisses seul dans les griffes de cette ogresse et puis, tu me fais des reproches ! C’est injuste.

-Ah, ah, pauvre petit. Je t’imagine dans les crocs de la bête ; proie tout pantelante, avec ton mètre quatre-vingt cinq et tes cent kilos. Elle se marrait dans son café.

-La seule parade à ses attaques, c’est toi et voilà trois jours que tu m’évites.

-Voilà ! C’est de ma faute ! Vieux refrain ! Tout le monde, à commencer par Murdoch, a remarqué qu’elle t’hypnotisait ; que tu bafouillais ; que tu ne savais quelle contenance prendre. Et ce petit garçon farouche, c’est notre grand détective belge sans moustache !

-Tu n’as pas assez dormi. Je te reverrai au diner. Je fis mine de sortir. Elle bondit devant la porte.

-Je ne peux même pas te faire une petite crise de jalousie ? Quand on aime, on est jaloux, tu ne le savais pas ? Elle me mit ses bras nus autour du cou et se serra contre moi. Je la serrais à l’étouffer. Je sentais tous ses charmes vibrer sous mes mains.

-Ton café va être froid et le reste aussi.

-Je m’en fiche, dit-elle, ce n’est pas de café que j’ai besoin, mais de quelque chose de plus fort, de beaucoup plus fort. As-tu cela sur toi ?

Je mesurais l’immensité de ma faiblesse devant toutes ces bonnes femmes. Il est dans la nature de l’essence de s’enflammer à la vue d’une simple allumette. Est-ce réellement de la faiblesse ? Elle abandonna sa chemise de nuit devant la porte et, avec une force singulière m’entraîna sur le lit pour me déshabiller. On dit « passer à la casserole », mais dans ce cas-ci, qui passe à la casserole ?