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21/06/2011

revoir Françoise

Chers lecteurs,

 

Clausewitz, atteint par un vilain virus, doit garder le lit et ne peut de ce fait rien écrire. Patience, donc, vous retrouverez la suite des aventures de Françoise dans quelques jours.

Stay tuned ;)

20/06/2011

Revoir Françoise XVIII

À Liège Airport, une grande voiture noire attendait sur le tarmac. Ma mère, tenant son chapeau menacé par le vent, était accompagnée d’un monsieur grisonnant et distingué.

-On t’a chassée ? Me demanda-t-elle anxieusement.

-C’est Charlène qui m’a chassée. Elle m’accuse de la mort de son père…

Deux hommes de piste déchargeaient mes bagages et les plaçaient dans une camionnette. Le chauffeur dit : « à l’adresse indiquée ? » Le monsieur fit un signe de tête. L’arrière de la voiture noire était un véritable salon. Le monsieur, avec un fort accent anglais, me dit qu’il était l’homme d’affaire de Lord MacMurphy. Je continuai la conversation dans sa langue. Il était chargé de veiller sur mon installation : appartement, meubles, chalet de week end et voiture. Il se chargerait de toutes les factures. Il me glissa la carte d’une maison bruxelloise où je pouvais le contacter quand je voulais. La limousine nous déposa chez Maman, boulevard Frère Orban.

J’étais heureuse d’être là ; d’avoir échappé aux vents frisquets de l’Écosse, de ne plus devoir supporter l’hostilité générale et de revoir la Meuse, si tranquille, si large, si douce. Mes bagages étaient dans l’appartement. Je m’écroulai dans un fauteuil et me mis en devoir de relater les derniers événements, surtout la scène mémorable que ma fille m’avait faite.

-Et c’est une scène de cette gamine qui t’a décidée à partir ?

-Sans le dire, tout le monde était d’accord avec elle. Donald avait été profondément malheureux avec moi. De chagrin, tu entends bien, de chagrin, je l’avais forcé à prendre une maîtresse avec laquelle il beuglait tellement qu’il avait fallu renforcer les murs ! Qu’est-ce que tu voulais que je fisse encore là ? L’épouser fut une erreur. Je ne dois rien à personne et je suis heureuse de retrouver mon doux pays. Je vais chercher un place de professeur, j’ai assez de diplômes pour cela et, vogue la galère.

-Il y a de très beaux appartements ultramodernes en Vinâve d’Ile. Fais-toi construire un chalet à Verlaine, tout près de Sy. Tu seras sur ton Ourthe chérie. Dès demain, nous téléphonerons aux collèges de la ville. Nous sommes en août. Une place est peut-être libre.

Un texto apparut sur mon portable : « Charlène disparue depuis ce soir. Organisons battues.  Si vous avez des nouvelles prévenez-nous. »

-Elle n’aura pas attendu longtemps pour faire des histoires, dis-je. Finalement, je plains ce pauvre Daddy. Il s’est mis un éléphant sur le dos.

18/06/2011

Revoir Françoise XVII

-L’amour n’est pas difficile. Il suffit de se laisser couler au gré de la rivière. C’est le choix du partenaire qui est difficile. D’un seul coup d’œil, on voyait que vous ne vous conveniez pas. Lui, énorme, construit à la cognée, d’une force herculéenne avec une âme de petit garçon et toi, d’une beauté fracassante, intelligente, universitaire, polyglotte, délicate, toute en nuance. Pour lui, tu étais inaccessible. Comme un ange, comme la Vierge Marie. Plus il buvait, plus il te faisait horreur. Tu aurais peut-être été jusqu’à supporter Ailein, qu’à voix basse on surnommait sa putain. Elle  lui tenait la tête hors de l’eau et, cela m’a toujours étonné, avait pour toi la même adoration que Donald. Vous étiez l’eau et le feu ; la carpe et le lapin. Dans une telle constellation, tout effort est voué à l’échec. La petite t’en rend responsable, car elle avait compris toutes ces nuances. Elle ne te le pardonnera jamais.

-Qu’allons-nous faire ? La vie va être un enfer…

-Il faut partir. Ici, tu vas devenir un corps étranger. Il faut revenir de temps en temps, aux vacances par exemple. Essaye de dénicher une place de professeur. Je t’aiderai à trouver un appartement, un chalet de vacances, une voiture. Refais ta vie. Avec ton charme, cela ne doit pas être difficile, mais ne choisis plus un homme qui soit ton image inverse. Pars rapidement. Un avion taxi viendra te chercher à Aberdeen et te déposera à Liège. Je vais m’efforcer d’élever Charlène. Ce ne sera pas facile. Elle va traverser une phase de révolte. J’espère qu’elle n’a pas pris sa préceptrice en horreur. Je lui ferai rencontrer des  enfants de son milieu. Je la mettrai en pension. Je ferai mon possible. Toi, tu pourras toujours compter sur moi. Je veux être ton père puisque tu as perdu le tien. Pars demain. Je vais téléphoner pour l’avion. Va préparer tes bagages.

Le lendemain vers quatre heures, après quelques minutes d’hélicoptère, je décollai d’Aberdeen dans le petit jet. Charlène m’embrassa quand même avant mon départ. Elle pleurait.

-Pardon Maman, me glissa-t-elle à l’oreille. Je sais bien que c’est à cause de  moi que tu pars. J’espère que tu viendras souvent me voir

Je sanglotais en la serrant dans mes bras. C’était la première fois qu’elle était vraiment gentille avec moi. Je courus à l’hélicoptère sans me retourner.

17/06/2011

Revoir Françoise XVI

Elle était à côté de moi. Je lui administrai une gifle retentissante, une  de celles qu’en wallon liégeois on appelle un « pétard ». Elle se redressa comme une furie et courut dans sa chambre. J’étais scandalisée, outrée, révoltée de ses paroles mais, à ma stupéfaction, je m’aperçus que tout le monde tenait avec elle. La mauvaise, c’était moi ! C’était de ma faute s’il me trahissait, s’il me bafouait en brayant comme un âne au point qu’il avait fallu doubler les murs. Il se fit un grand silence. Sans mot dire, les convives quittèrent la table l’un après l’autre. Je me retrouvai seule avec Murdoch avec lequel je croyais m’être toujours bien entendue. Il ne disait rien. Il restait penché sur son assiette. J’attendais qu’il parle. Je ne voulais pas lui laisser le terrain de la bataille.

-Françoise, articula-t-il, il est inadmissible qu’un enfant de dix ans apostrophe sa mère en, public de cette manière. Il faut la punir sévèrement. Mais, dans le fond, que penses-tu de ce qu’elle a dit ?

-Je suis abasourdie ! Depuis mon mariage et surtout depuis ma maternité, j’essaye de jouer mon rôle avec un maximum de dignité. Cela n’a pas toujours été facile. Il buvait, il faisait scandale, vous avez dû insonoriser son appartement. Il m’est difficile de supporter d’être  la coupable…

-Ma petite Françoise, depuis le premier jour, je constate l’immensité de votre  malentendu. Physiquement  vous étiez à l’opposé l’un de l’autre. Vous auriez dû être une femme du calibre de sa maîtresse. Or vous êtes gracieuse, fine, cultivée, délicate. Comment êtes-vous tombée dans son piège ?

-Père, lui dis-je, il faut bien que je vous réponde puisque je suis dans la position de l’accusée. À Fort William, il avait bu plus que de raison. Il a enfoncé ma porte. Je fus enceinte tout de suite…Il sautait de joie. Il a voulu ce mariage immédiatement. Si j’avais été raisonnable j’aurais refusé. Mais vous m’écrasiez tous. Et il était si gentil…Malentendu est vraiment le mot juste. Que vais-je devenir ? Ici, je viens de m’en apercevoir, je serai désormais seule contre tous.

-Ne me compte pas parmi tes ennemis. Tu m’as plu dès le premier jour. Si j’étais plus jeune je te proposerais aussi le mariage, mais nous referions la même erreur que Donald.

-Papa, dis-je en me levant et en appuyant ma tête sur son épaule. Comme l’amour est difficile…

16/06/2011

Revoir Françoise XV

Les funérailles de Donald furent, comme il se doit, grandioses. Toutes les personnalités locales se pressaient en costume national. Les rares personnes sans kilt n’étaient pas écossaises. Je fis faire à Charlène une robe longue toute blanche. Elle portait un petit bouquet de fleurs blanches qu’elle vint déposer sur le cercueil à l’offrande. Moi, j’étais tout en noir et cela faisait un effet horrible. Une tache sur ce monde chamarré. À la sortie de l’édifice religieux, les connaissances défilèrent devant Murdoch, Charlène et moi. Chacun me saluait les yeux humides. J’étais la veuve éplorée. Comme à mon mariage, j’avais l’impression qu’il ne s’agissait pas de moi ; que la vraie veuve c’était cette pauvre Ailein que l’on rejetait comme une servante et qui, pourtant, lui avait consacré sa vie. Charlène voulut être conduite à son enterrement à Forres, au nord des  Highlands. Murdoch considéra qu’il était en dessous de sa dignité d’assister à l’enterrement de la maîtresse de son fils, mais il mit à notre disposition sa nouvelle Rolls Royce, avec un chauffeur et un garde du corps. Charlène et moi étions vêtues comme pour l’enterrement de Donald, elle en blanc et moi en noir. Le garde du corps avait placé dans le coffre une immense gerbe de roses blanches toutes fraîches. Nous fûmes accueillies avec respect, mais sans chaleur. À l’offrande, Charlène saisit  le bouquet des mains du garde et le déposa sur le cercueil blanc. Elle s’arrêta un instant pour sangloter en tenant la bière, ce qui provoqua dans cette assemblée de glaçons une émotion inattendue. Nous ne connaissions personne. Nous sommes remontées en voiture. La maman d’Ailein nous attendait. Elle souleva Charlène comme une plume et, en pleurant, lui couvrit le visage de baisers en articulant, en patois, des phrases incompréhensibles. Nous fûmes rentrées pour le lunch. La famille nous attendait. Nous allâmes nous rhabiller plus sobrement. C’est au dessert, comme si elle avait préparé son discours, que Charlène se leva et me fit une scène épouvantable. J’en frissonne encore.

-Tout ce qui est arrivé est de ta faute ! cria-t-elle. Tu ne l’as jamais aimé alors que lui, il t’adorait. Il était obligé de se consoler avec cette pauvre Ailein parce que tu le repoussais. Je l’ai entendu pleurer dans les bras de cette fille. C’est elle qui le réconfortait. Comme elle me consolait aussi de tes froideurs. C’est par chagrin qu’il s’est mis à boire. Il était si gentil. J’ai tout perdu avec sa mort pour ne garder qu’une mère de marbre qui se moque bien de mon chagrin. Pourquoi ne retournes-tu pas chez tes stupides Belges ? Tu serais bien mieux qu’ici où les gens ont du cœur.

15/06/2011

Revoir Françoise XIV

Donald buvait  plus en plus. Les gardes allaient le rechercher ivre mort dans les tavernes. Murdoch se fâchait, implorait, tempêtait, conseillait une désintoxication. Il n’entendait plus rien. Charlène m’en voulait : c’était de ma faute. Ailein essayait de la calmer. Elle disait que je n’avais rien à voir là-dedans. Mais elle avait sa petite idée sur la question  et me regardait d’un œil mauvais. Un soir Donald et Ailein se rendirent à une fête à Aberdeen. Ils étaient dans la nouvelle Range, un monstre de puissance et de vitesse. Ils quittèrent les festivités à trois heures du matin. Des amis voulurent le dissuader de reprendre le volant. Il fit une colère qui terrorisa tout le monde. Titubant, il remonta dans son char d’assaut. Ailein, qui était aussi saoule que lui, négligea d’attacher sa ceinture de sécurité. Il démarra en trombe et se lança sur la route de Ballater comme on se jette dans le vide. À dix kilomètres d’ici, il entra en collision avec un trente tonnes  au milieu de la route. Il roulait à 160 km à l’heure. Le moteur du camion fut écrasé. Ailein, éjectée, sortit par le pare-brise et fut retrouvée trente mètres plus loin. Donald fut retenu par sa ceinture et coincé par les airs bag. Il fut frappé au crâne par le montant avant droit. Il fallut le désincarcérer. Le conducteur du camion, en position surélevée, était relativement indemne. Il fut capable d’appeler du secours. On conduisit le géant à l’hôpital d’Aberdeen où il fut trépané sur le champ. Hors de lui, Murdoch se précipita dans ma chambre et m’emmena en peignoir. Un hélicoptère ronflait dans le parc. Il nous embarqua avec deux gardes et nous déposa dans la cour de la clinique. L’intervention dura deux heures.  En sortant, les chirurgiens faisaient les grimaces qu’ils font quand il n’y a pas d’espoir. J’attendis longtemps dans la chambre. Le pauvre Murdoch qui, aussi bien que moi avait compris la gravité de l’affaire, n’arrêtait pas de sangloter. Je lui passais la main dans les cheveux avec l’impression que c’était mon mari. Nous allâmes voir Ailein à la morgue. Elle était fraîche comme si elle allait se lever. Quand Donald revint dans sa chambre, il eut un petit moment de conscience. Il me reconnut :

-Oh ma petite Liégeoise, dit-il, je t’ai tant aimée. Je t’ai si mal aimée. Tu disais qu’un éléphant ne pouvait pas saillir une gazelle. Ce que tu ne savais pas,  c’est qu’un éléphant pouvait être amoureux fou d’une gazelle inaccessible… Il expira.

14/06/2011

Revoir Françoise XIII

-Charlène grandissait en âge et en sagesse, mais s’éloignait toujours plus de moi. Son amour pour son père transcendait tout. Elle était souvent fourrée dans l’appartement d’Ailein Murray, la maîtresse de Donald. Je ne peux pas dire que celle-ci l’attirait intentionnellement, non, elle fascinait Charlène par sa beauté opulente et par sa douceur. Elle adorait s’endormir dans ses bras. Quand, le soir, Donald venait reprendre sa place, elle était furieuse de devoir revenir près de moi. Elle apprit à lire avec Ailein et fit ses toutes petites classes avec elle. La préceptrice, qu’il fallut lui donner vers 7 ans, eut beaucoup de mal à l’apprivoiser. Elle faisait vérifier tout ce qu’elle disait par Ailein qui, pour elle, disposait de la science infuse. Elle vouait à son père une adoration presque furieuse. Il lui consacrait toutes les heures de liberté que lui accordait la préceptrice. Moi, je demeurais l’étrangère. J’essayais d’apporter le maximum d’aide à la gestion de domaine et  à la cuisine où je rencontrais un certain succès avec mes plats à la française. Je m’efforçais de pénétrer toutes les nuances du langage local, de l’accent local ; je mémorisais les légendes et les proverbes. J’essayais d’être une vraie Écossaise, mais je demeurais entourée d’un halo de froideur, douloureux pour ma nature communicative et naturellement fraternelle. Le climat était désagréable, pluies fréquentes, vent glacial, paysages tristes : j’étais « homesick »[1]. Je rêvais de mon Ourthe si douce et de l’Amblève sa petite sœur. Je regrettais les brises tièdes de chez nous. Les hirondelles et la chaleur un peu grande gueule des Liégeois me manquaient.

Un jour matin, une Minicooper s’arrêta devant le perron. Une dame élégante demanda à me voir. C’était la princesse Diana qui avait été mon témoin au mariage. Dès qu’elle fut dans mon boudoir, elle se précipita dans mes bras et éclata en sanglots. « Charles me trompe avec une vieille femme mariée. Je crois qu’il la fréquentait déjà avant notre mariage. Maintenant,  que je lui ai fait deux garçons, ils ne se cachent plus. Je ne sais parler à personne. Tous ces Écossais sont de glace. Je viens près de vous, chercher un peu de réconfort ». Je la pris dans mes bras en pensant : encore un mariage raté, un mariage de convention. C’est avec la vieille qu’il prend son pied. Sa ravissante épouse ne l’émeut absolument pas. Maintenant qu’elle a rempli sa mission de reproductrice, on peut la rejeter, la mépriser. Elle n’était qu’un ventre. Nous avons commencé une longue amitié de confidence et de consolation qui a duré jusqu’à son stupide accident.

C’est alors que survint le drame.

13/06/2011

Revoir Françoise XII

- La noce eut lieu trois semaines plus tard. Le père Murdoch était aux anges. Charles et Diana, les plus proches voisins, (château de Balmoral sur la même entité communale) acceptèrent d’être les témoins. On dérouta les journalistes en fixant une fausse date, (huit jours plus tard) .

Ma mère et ma sœur ainée se déplacèrent avec leurs gigantesques  chapeaux aussi ridicules que ceux des Anglaises. On était en août. Le temps écossais se fit clément : pas de pluie et peu de vent. Par précaution, on avait dressé d’immenses tentes dans le parc. Tout de passa à merveille. J’étais un peu menue à côté de mon géant d’époux, mais il était bien coiffé, bien rasé, avec un uniforme bleu sans trop de chamarrures et surtout avec un air énamouré qui émouvait l’assistance. Quand il me prit par le bras, je me sentis soulevée. Je n’étais pas malheureuse, j’avais l’impression d’assister au mariage d’une autre et, tu ne vas pas me croire, je me voyais au bras d’un petit garçon de douze ans qui venait de m’embrasser sur la bouche.

- !?!

-Donald faisait tout ce qu’il pouvait pour me plaire. Comme il était surdimensionné, nos relations amoureuses relevaient davantage de la guérilla que de la bataille rangée. Ce fut pire après la naissance de Charlène. Je devins tout à fait hermétique au sexe. Je faisais ce que je pouvais, je simulais, je criais, mais le cœur n’y était plus. Surtout quand il avait bu, et il buvait de plus en plus, je le prenais en horreur. Il devint très vite fou amoureux de sa fille. Il faisait ses cent mille volontés. Elle lui tirait les moustaches et il riait. Il la promenait des heures dans le parc. Il voulait l’emmener en canot sur la Dee river, mais j’avais trop peur et je m’y opposais. Après quelques mois, Donald se rendit compte que je n’étais plus, si je l’avais jamais été, une partenaire de lit convenable. Une magnifique grosse vache écossaise, (comme je suis injuste), blonde aux longs cheveux, avec une poitrine comme un pare choc, vint occuper la place libre. Elle criait tellement fort (et lui aussi) que Murdoch dut installer dans les combles, un appartement aux murs épais pour assourdir les clameurs. Idiote que je suis, j’étais jalouse. De temps en temps, il venait me retrouver dans notre chambre, il m’embrassait, me demandait pardon, mais il ne pouvait plus se passer d’elle. Un des premiers principes du Kamasoutra est qu’un éléphant ne peut pas s’accoupler avec une gazelle…

11/06/2011

Revoir Françoise XI

-Cela fait beaucoup de raisons pour l’assassiner. Mais pourquoi l’enlever et demander une rançon ?

-C’est peut-être une manière de brouiller les pistes et de toutes façons, après le versement, on peut toujours la tuer. Si ce n’est déjà fait…

-Quel effet cela te fait-il ? Tu es sa mère.

-Je suis sa mère mais elle ne m’a jamais causé que du chagrin. Sa naissance n’était pas trop souhaitée. Elle m’a  contrainte au mariage.

-D’accord, mais tu faisais un mariage fastueux, un mariage de légende, avec une des plus grosses fortunes d’Angleterre.

-Oui, mais on m’avait bien précisé que je n’avais droit à rien. Mon mari, vivante réplique de Murdoch, était porté sur la brutalité et l’alcool. Il était ivre au volant quand il est mort.

-Pourquoi fréquenter  ce phénomène ? Tu étais libre, non ?

-J’ai subi un véritable siège. J’étais venue ici, bêtement, romantiquement, pour voir [1]Nessie. Donald m’a croisée à   Inverness, près de l’entrée du loch. Il ne m’a plus lâchée.  J’étais seule. Je me déplaçais en autostop. Je logeais dans les auberges de jeunesse et je vois apparaître, se jetant à mes genoux, une sorte de géant roux qui m’offre de me piloter, dans sa Range Rover, le long du loch et même de me faire faire la connaissance de Nessie avec lequel il prétend avoir des relations privilégiées. Il m’invite à diner dans la meilleur auberge d’Inverness et, ce soir là, il est très modéré sur l’alcool. Il faut déjà beaucoup de whisky pour saturer une bestiole de près de deux mètres et de 150 kilos. La première nuit, il me conduisit galamment à ma chambre et je pus dormir tranquille.   La deuxième nuit, à Fort William, il avait bu au moins deux bouteilles de Chivas regal (18 ans d’âge !),  je dus subir un assaut en règle et, comme vous dites en Belgique, je passai à la casserole. Il s’endormit en ronflant, une vraie locomotive à vapeur, en occupant la totalité du lit. Je dus dormir dans un fauteuil.  Assez banal peut-être, mais j’étais enceinte. Quand il l’apprit, il poussa des hurlements de joie, comme un Sioux autour du poteau de torture. Ça y est ! criait-il : je t’épouse. Tu seras la prochaine Lady  MacMurphy. Je téléphone immédiatement à mon père. Comme aucune femme ne me plaisait jamais, il en était arrivé à croire que j’étais de la jaquette. Hourrah !

1) Nessie, nom familier du monstre du Loch ness

10/06/2011

Revoir Françoise X

Après deux heures de réunion, j’avais la tête comme un tambour. Françoise aussi. Un peu groggy nous allâmes nous asseoir dans le parc. Une Range Rover 2011 moteur V8 à essence, verte comme il se doit, semblait nous attendre. Un laquais vint m’en confier la clef de contact.

-Faisons un tour en voiture, dit Françoise, nous serons certains de ne pas être entendus.

-J’ai l’impression que l’explication de la disparition de Charlène est ici plutôt qu’à Scrabster. Tu ne crois pas ?

-J’en suis convaincue, mais quel bordel dans les esprits ! Sir Murdoch est une exécrable président de séance, tout le monde parle en même temps.

-Et crie avec l’accent des Highlands ! J’en ai mal à la tête. Quand partons-nous pour Scrabster ?

-Nous ne partons pas. J’irai seule. Toi, tu vas interroger tout le monde. Il y a du boulot.

-Je vais commencer par essayer d’obtenir les minutes des réunions précédentes que notre délicieuse secrétaire doit avoir remises au net. Je doute toutefois de la valeur de ses notes, dans un brouhaha pareil. Que penses-tu de cette Helena qui montre si volontiers sa culotte ?

-Pour moi, c’est une vipère. Je ne sais pourquoi, Murdoch la déteste. Autant il adore Charlène autant il hait celle-ci.

-Elle est pourtant fort jolie.

-Toi, ne commence pas ! Tu n’es autorisé à regarder aucune fille, surtout de ce genre-là. La vieille secrétaire, d’accord, mais pas les covers girls.

-Quand je l’interrogerai, promis, je fermerai les yeux. As-tu des soupçons ?

-Absolument pas. Tout le monde a de bonnes raisons de détester Charlène. Murdoch la favorise honteusement. Elle se conduit comme une vedette de cinéma des années vingt. Son bain n’est jamais ni assez chaud, ni assez  froid. Chaque matin, elle fait un scandale au breakfast. Il y a toujours quelque chose qui manque. Si un steward proteste, il est immédiatement viré. Seul, son coiffeur trouve grâce à ses yeux, mais c’est un rusé renard, il sait parler aux femmes. Elle se promène toute nue à son étage, mais celui qui la croise est accusé de vouloir la violer. Ce qui les fait enrager tous, alors que la tradition veut, qu’à la mort du Lord, chaque membre du personnel a droit à une généreuse indemnité, Murdoch a promit de déshériter tout le monde. Tout sera pour elle. Même ses autres petits enfants n’auront rien. C’est la frustration générale. Le comptable qui s’attendait à être bien placé sur la liste, en a été rayé pour l’avoir un jour saluée négligemment.